Le tournoi explose avant l’arrivée du Canada

12 juin 2026 Luc Bélanger Comments Off

Trois cartons rouges, une remontée pleine de sang-froid et un stade en ébullition ont donné le ton dès la première journée. Avant même que le Canada ne fasse son entrée, la Coupe du monde 2026 a déjà montré qu’elle ne serait ni polie ni prévisible.

Une ouverture qui a fait grimper la tension d’un cran

La première journée du plus vaste Mondial de l’histoire a offert exactement ce que les partisans espéraient et redoutaient à la fois : du spectacle, des revirements et une dose de chaos. Les deux rencontres du groupe A ont servi de mise en bouche à un tournoi étalé sur 39 jours et 104 matchs, réparti entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Pour les amateurs d’ici, cette entrée en matière a surtout ressemblé à un avertissement : avec 48 équipes en lice, rien ne sera simple.

Le ton a été donné dès le départ au stade Azteca, dans une ambiance à la fois festive et électrique. Plus de 80 000 personnes ont rempli les gradins, tandis que Shakira et le groupe Maná ont participé aux cérémonies d’avant-match. Le décor était grandiose, mais la partie qui a suivi l’a été encore davantage, et pas seulement pour de bonnes raisons.

Le Mexique se mêle au livre des records

Face à l’Afrique du Sud, le Mexique n’a pas seulement lancé son tournoi : il a aussi marqué l’histoire. Dès la neuvième minute, Erik Lira a profité d’une relance mal assurée pour récupérer le ballon, puis Julián Quiñones a trompé Ronwen Williams en glissant le ballon entre ses jambes. Ce premier but de la compétition a immédiatement installé un rythme nerveux, comme si le match refusait de se contenter d’une simple cérémonie d’ouverture.

Le deuxième but a eu une portée plus émotive encore. Raúl Jiménez, revenu de loin après la fracture du crâne subie en 2020 dans une collision terrifiante avec Wolverhampton, a marqué de la tête son tout premier but en Coupe du monde avant de fondre en larmes au moment de quitter la pelouse. Pour le Mexique, ce moment a résumé à lui seul la soirée : intensité, soulagement et mémoire d’un long combat.

Mais ce sont surtout les décisions disciplinaires qui ont rendu la rencontre inoubliable. L’arbitre brésilien Wilton Sampaio a sorti trois cartons rouges, un sommet pour un match d’ouverture de Coupe du monde et une rareté dans l’histoire du tournoi. L’Afrique du Sud a perdu Sphephelo Sithole avant la pause, puis Themba Zwane après l’intervention de l’assistance vidéo, qui a révélé un coup au visage sur Roberto Alvarado. En fin de match, César Montes a lui aussi été expulsé après avoir stoppé une échappée. Les trois hommes manqueront le prochain duel de leur équipe.

Pour les hôtes, le plus important restait toutefois la façon de lancer la campagne. Javier Aguirre a obtenu une première victoire inaugurale dans l’histoire du Mexique à la Coupe du monde, après un bilan jusque-là composé de cinq revers et de deux nuls. La présence de Gilberto Mora, milieu de terrain de 17 ans déjà regardé comme l’un des grands espoirs du soccer mondial, a aussi donné une couleur nouvelle à l’équipe. Le résultat de 2-0, accompagné d’un blanchissage, a laissé une impression bien plus solide que ce que les Mexicains avaient offert ces dernières années sur cette scène.

Les signes d’une équipe coriace en provenance de Séoul

La deuxième affiche de la soirée, à Guadalajara, a offert un tout autre genre de théâtre. Moins brouillonne, mais tout aussi tendue, elle a vu la Corée du Sud renverser la Tchéquie 2-1 dans un stade Akron qui n’était pas plein, mais où l’ambiance a rapidement monté d’un cran. Les Sud-Coréens, classés 25es au monde, ont d’abord subi l’initiative adverse avant d’imposer leur patience et leur qualité technique.

La première période a laissé une impression si terne que les deux équipes ont été accueillies par des sifflets en regagnant le vestiaire. Puis la Tchéquie a frappé la première. À la 59e minute, le capitaine Ladislav Krejčí a dominé tout le monde sur une longue touche pour inscrire de la tête l’ouverture du score, rappelant à quel point les Tchèques savent exploiter les phases arrêtées. Le match semblait alors leur tendre les bras.

La Corée du Sud a toutefois répondu avec le plus bel enchaînement de la journée. Huit minutes plus tard, Lee Kang-in a trouvé Hwang In-beom, qui a feinté le tir avant de déjouer deux défenseurs et le gardien pour placer le ballon dans le coin du filet. L’action, construite sur 25 passes, a compté parmi les séquences les plus élaborées jamais conclues par un but en Coupe du monde.

Le suspense a encore monté d’un cran lorsque Tomáš Souček a cru redonner l’avance à la Tchéquie à la 77e minute. Le hors-jeu, confirmé après révision, a toutefois annulé la joie tchèque. Trois minutes plus tard, la Corée du Sud a puni ce soulagement avorté. Oh Hyeon-gyu, entré en cours de match et affaibli par une fièvre de 38 degrés, a poussé au fond un centre bas de Hwang pour inscrire le but gagnant. En temps additionnel, Kim Seung-gyu a protégé cette avance grâce à un arrêt plongeant décisif.

Ce qu’il faut retenir de cette première soirée

Pour résumer la journée sans l’aplatir, voici les faits saillants les plus marquants :

  • Le Mexique et la Corée du Sud ont chacun amassé trois points et prennent la tête du groupe A.
  • Le Mexique devance son rival à la différence de buts seulement.
  • L’Afrique du Sud et la Tchéquie devront composer avec des suspensions et des ajustements d’alignement dès leur prochain match.
  • Trois cartons rouges ont déjà été distribués, ce qui place la barre très haut pour la suite.
  • Un but après 25 passes et une victoire signée par un joueur fiévreux ont donné à la journée une teinte presque irréelle.

Le Canada arrive au moment parfait

Pour les partisans canadiens, la vraie fête commence maintenant. L’équipe nationale amorce sa propre aventure vendredi à Toronto, devant un BMO Field plein à craquer, dans le tout premier match de Coupe du monde masculine disputé en sol canadien. Face à la Bosnie-Herzégovine, le groupe de Jesse Marsch aura immédiatement l’occasion de se mesurer à la pression d’un événement historique.

Le Canada évoluera dans le groupe B, avec la Bosnie, le Qatar et la Suisse, avant de poursuivre sa phase préliminaire au BC Place de Vancouver. Après avoir vu le Mexique, pays hôte, ouvrir le bal avec éclat et la Corée du Sud s’imposer dans un match bien géré, les Canadiens savent à quoi s’attendre : un tournoi exigeant, rapide et souvent imprévisible. Le contexte est idéal pour tester la solidité d’une formation qui n’a pas eu souvent la chance de jouer devant une telle foule sur une scène aussi relevée.

Un avant-goût de ce qui attend la suite

Cette première soirée a surtout confirmé une chose : la Coupe du monde 2026 veut être bruyante du début à la fin. Entre les expulsions, les larmes, la précision technique et les bouleversements tactiques, le tournoi a déjà trouvé sa voix. Le Canada, qui n’a pas encore touché au ballon, hérite donc d’un décor déjà chargé d’histoire et d’attentes.

Le plus fascinant, c’est que tout cela n’était qu’un prologue. Si la journée inaugurale a ressemblé à un avertissement, elle a aussi servi de promesse : les prochains matchs pourraient être encore plus tendus, plus rapides et plus chargés en émotions. Pour un tournoi qui s’annonce immense, le premier chapitre a déjà été remarquablement difficile à oublier.